L’Epic poker league, après tant d’écueils le naufrage?
Lors de sa présentation au début 2011, sur le papier, l’Epic Poker Ligue (EPL) était très séduisante. Le projet visait à offrir un nouveau produit différent pour le marché du poker télévisé en perte d’audience. Comment un concept solide qui avait tout pour réussir a tourné au fiasco ? Revoyons un à un les épisodes.
Le principe de l’EPL était de créer un nouveau circuit, se positionnant dans la course des tournois les plus chers du monde. Avec une série de quatre évènements à 20 000 dollars d’inscription chacun. Sans aucun frais, 100% des sommes reversés aux gagnant et 400 000$ rajoutés à chaque étape. Les 27 meilleurs joueurs sur ces 4 étapes étant ensuite qualifiés pour une finale dotée d’une cagnotte d’un million de prix offerts.
Les organisateurs ont voulu éviter les tables finales où l’on ne connaît personne. Il faut donc être membre de la Ligue pour pouvoir participer. Seuls les pros pouvant justifier plus d’un million de gains en tournois sont éligibles. Le casting est complété à chaque évènement par neufs qualifiés via un tournoi satellite préliminaire « Pro Am ».
Deux armes visaient à garantir la présence des pros les plus médiatiques quelque soit le site qui les sponsorise. Les tournois sont organisés et les prix garantis par le Palms, groupe de casinos indépendant de la guerre des sites. Et la diffusion est assurée par CBS. Chaîne de grande écoute sur le réseau hertzien alors que la plupart des tournois de poker passent sur le câble aux USA.
A la tête du projet un triumvirat qui a déjà fait ses preuves. Jeff Pollack est celui qui a révolutionné les WSOP entre 2006 et 2009. Sa réforme la plus marquante a été de faire jouer la table finale du Main Event en novembre. Afin de permettre aux chaines télés d’avoir le temps de médiatiser les participants. Mais il a également complètement réorganisé les différents tournois, l’agenda et les tarifs d’inscription. Mettant en place par exemple les donkaments à 1000$ le weekend et un circuit de tournois à 10 000$ et plus pour les stars et les variantes exotiques. Pour l’épauler Annie Duke et Matt Savage. L’une des joueuses les plus célèbres qui connaît le gotha des pros et a l’expérience d’organisatrice de tournois de charité. Et l’un des directeurs de tournois parmi les plus connus et respectés, qui a également officié plusieurs années aux WSOP.
Dès le départ, une erreur de casting
Dès sa présentation l’EPL a fait tousser. Il y a eu un débat inévitable sur les critères de participation. Sur le pouvoir discrétionnaire des organisateurs qui ont invité des joueurs ne remplissant pas ces mêmes critères.
Mais le plus gros des attaques ont tourné sur la composition du comité directeur. En effet, si l’image d’Annie Duke est bonne auprès du grand public, elle est détestable dans le milieu des pros. Il y a d’un coté les reportages sur la mère de famille nombreuse, sœur d’un grand champion qui organise des tournois au profit de la lutte contre la faim en Afrique. Mais il y a de l’autre celle qui a soutenu jusqu’au bout le site Ultimate Bet. C’est à dire jusqu’en décembre 2010 quand le site exsangue financièrement a mis fin à son contrat de sponsoring. Comment faire confiance à celle qui a couvert et excusé un tel scandale ? Pour affirmer ensuite dans de nombreuses interviews que tout avait changé.
Et le 15 avril 2011 arriva
Le black Friday aura été à l’EPL ce que l’iceberg fut au Titanic en sapant d’un coup les fondements du projet.
Avec la fermeture du marché américain du jeu en ligne, les sites ont perdu tout intérêt à sponsoriser leurs poulains pour une série de tournois diffusés par CBS.
Consécutives au vendredi noir, les faillites d’Ultimate Bet, d’Absolute Poker et surtout de Full Tilt a mis fin à une époque où l’argent du sponsoring coulait à flots. On peut oser un parallèle avec la folle course d’armements qui a ruiné l’URSS à la fin de la guerre froide. Avant sa chute, Full Tilt s’était engagé dans une guerre médiatique et a dépensé des millions de dollars pour ravir le leadership. On sait aujourd’hui comment. Après le black Friday, Pokerstars s’est retrouvé leader du marché mondial et sans concurrent. Le site n’a plus aucune raison de dépenser des fortunes en sponsoring. Il a en revanche besoins de réduire drastiquement ses coûts pour amortir le choc du Black Friday et retrouver une assise financière solide.
Un premier vainqueur sulfureux
Il eu été sage d’enterrer l’EPL, mais les organisateurs se sont entêtés. On a vu alors l’économie réelle du poker derrière la bulle du sponsoring. Une ribambelle de stars a cherché à vendre leur action auprès de sponsors individuels. Pour se couvrir sur une série de tournois à 20 000 dollars, malgré une grosse cagnotte ajoutée. Et les acheteurs ne se bousculaient pas non plus au portillon.
Et en août 2011, le premier tournoi a eu lieu. Il n’a recueilli que 137 participants et fut remporté par Chino Rheem. Au delà de son talent reconnu, le jeune joueur est également un flambeur invétéré couvert de dettes. En empochant un million de dollars il a fait le bonheur de ses nombreux débiteurs. Au premier plan celui qui l’a choisi comme cheval. J’ai trouvé cela sympathique. Cela m’a rappelé l’époque de Stu Ungar. L’anecdote de Matusow sponsorisant Scotty Nguyen dans un satellite lui permettant ainsi de devenir champion. Mais les organisateurs n’ont pas accueilli avec joie les retombées dans la presse.
Une semaine après, la ligue s’est dotée d’un code de bonne conduite. Seront désormais exclus de la ligue les personnes en effraction avec la loi et ceux qui ont fait la démonstration d’une « irresponsabilité financière chronique »
A chaque tournoi son scandale
Pour le second événement un mois plus tard, la participation chute à 97 joueurs. La star de l’étape fut Michael Devita, qualifié lors du satellite Pro AM à 1500$. L’amateur avait un casier judicaire ayant été condamné pour agression sexuelle. En application de leur nouveau code, les organisateurs lui ont interdit in extremis de participer à l’événement. Remboursant au joueur 1500$ et qualifiant le suivant.
Leur décision a déclenché une double polémique. Etait-il juste de ne lui rembourser que le montant de son inscription ? Les organisateurs auraient-ils du lui payer le prix du ticket d’entrée qu’il avait gagné, à savoir 20 000$ ?
Aussi détestable que furent ses actes, ce joueur a payé sa dette à la société et n’est pas le seul des participants à avoir été condamné. Mike Matusow par exemple a fait de la prison pour trafic de cocaïne. Les organisateurs n’ont-ils pas deux poids deux mesures selon la notoriété du joueur ?
A quand la fin de l’histoire ?
Fin septembre l’EPL fut rattrapé par le scandale Full Tilt. Suite aux nouvelles révélations, les organisateurs se sont réunis afin d’exclure Chris Fergusson et Howard Lederer de la ligue. Ce dernier n’étant autre que le frère d’Annie Duke, cela a fait ressurgir les critiques sur son implication dans le projet.
Lors de la diffusion des tournois sur CBS, l’audience n’a pas été au rendez vous. Par son classicisme, la réalisation est veillotte. De longues séquences consacrées aux portraits et déclarations des joueurs. Le contenu de poker se résume aux coups à tapis où l’on voit le visage des joueurs tandis que se déroule le flop. On croirait regarder les WSOP d’il y a dix ans. La comparaison est d’autant plus cruelle, à l’heure où ces derniers ont réussi cette année à renouveler totalement leurs retransmissions télévisées.
La troisième étape a eu lieu sans encombre en décembre. La quatrième et dernière étape était prévue en février et devait se conclure par le tournoi gratuit à un million de dollars pour les 27 qualifiés.
Les organisateurs ont annulé ces deux évènements pour les reporter sine die. Sur le site de l’EPL, un message d’Annie Duke indique qu’ils cherchent une date « au printemps ».
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